C.d.H.#52 1970-1977 Rock français des années 1970 : Au Bonheur des Dames - Mama Béa (2) - Valérie Lagrange - Téléphone
Rock français des années 1970 : Contexte historique
Rock français des années 1970. Le regretté Edgar Morin a analysé le phénomène « rock » dans « On ne connaît pas la chanson » en 1965
In: Communications, 6, 1965. Chansons et disques. pp. 1-9. :
« Le caractère originaire du rock est non seulement la frénésie musicale, mais la frénésie existentielle ; les premiers ensembles de rock ressentent une véritable rage de vivre, où la plupart se perdent, où ne se sauvent et triomphent que ceux qui abandonnent le désordre existentiel pour entrer dans le système commercial, qui exige un minimum de régularité de vie, ne serait-ce que pour honorer les engagements et respecter les horaires.
En Angleterre, la grande vague rock jaillit des faubourgs de Liverpool, dans une jeunesse marginale entre le prolétariat et le gang.
En France, le rock était dédaigné par les grandes maisons et c’est autour des juke boxes de banlieue que spontanément, sauvagement des groupes musicaux se sont constitués. En France, la source, fut, comme en Angleterre, marginale et faubourienne.Ainsi, à la source du rock, il y a un mouvement qui ne naît nullement du cœur de l’industrie culturelle : il naît en marge : en marge musicalement des musiques courantes, des grands groupes noirs et blancs, en marge socialement des classes sociales, avec une tendance faubourienne « voyou » ; il y a dans cette musique intensément et frénétiquement rythmée un ferment dionysiaque, panique, une force explosive… il y a peut-être une stimulation forte au ferment de rébellion qui est dans toute adolescence. »
Biographie d’Au Bonheur des Dames : Rock français des années 1970
Au Bonheur des Dames : composition originelle
Au Bonheur des Dames est un groupe de rock parodique français formé à Paris en 1972.
Au départ, il est composé de :
- Eddick Ritchtchell : chant ( Vincent Lamy )
- Sharon Glory: chant ( Philippe Veauvilliers )
- Jimmy Freud : chant
- Ramon Pipin : chant & guitare ( Alain Ranval )
- Chick Béru : guitare d’accompagnement
- Shitty Télaouine : basse ( Daniel Dollé )
- Rita Brantalou : guitare ( Jacques Pradel )
- Gépetto Ben Glabros & Ulric Danone : cuivres
- Hubert de la Motte Fifrée : batterie
- Dominique Esnault)
- Wolfgang Lion : piano
- Costric 1er : paroles (Alain Magniette )
Au Bonheur des Dames: définition humoristique du groupe
Alain Magniette, le parolier du groupe définit le groupe ainsi :
« La musique de « Au Bonheur des Dames », musique élaborée s’il en fut, recrée les conditions phénoménologiques d’un univers purement utopique où se mêlent, dans ses accents empruntés aux recherches contemporaines à base de free-jazz, d’orphéon périgourdin et de mambo-rock, à la fois la plénitude de la sonorité astrale et la légèreté de thèmes évidemment vivaldiens.
Cette synthèse qui s’inspire donc d’une démarche esthétique volontairement hermétique, dépasse cette tendance sur sa gauche et légèrement de biais, pour s’hypertrophier en une densité apocalyptique où l’on devine les obsessions existentielles de la Mort, de l’Amour et des malabars…
Au Bonheur des Dames est une sorte de chant grégorien futuriste pour lequel les moines auraient condensé John Cage, Gloria Lasso et Bugs Bunny ».
En 1973, leur reprise du titre « Oh ! les filles », adaptation d’une chanson de Martin Robbinson, par Eddie Vartan, déjà interprétée par « Les Pingouins » en 1962 remporte un immense succès public.
Cependant, suite au succès modéré de leur album suivant « Coucou maman » (1975), Alain Ranval, Daniel Dollé & Dominique Esnault quittent le groupe et fondent « Odeurs ».
Puis après « Halte là » Jacques Pradel s’en va à son tour, laissant seul Vincent Lamy comme membre du groupe original.
Chansons de la 1ère partie : Rock français des années 1970 : Ego-dames
02:18 Rocky Gonzalès : Barnum Circus : Maurice Vander – Rudi Révil : 1971
03:08 Les Chacals de Béthune : Eddie, sois bon : Chuck Berry, adapt. Claude Moine : 1971
05:33 Au Bonheur des Dames : Ego-dames : Ramon Pipin : 1973
10:09 Jacques Higelin : Boxon : Jacques Higelin – Simon Boissezon : 1974
13:33 Brigitte Fontaine : Pour le patron : Brigitte Fontaine : 1972
Biographie de Mama Béa (2ème partie)
1ère partie de la biographie de Mama Béa
À la fin des années 1960, lorsque Béatrice Tékielski était venue à Paris, elle avait découvert le rock, en particulier Janis Joplin et Jimi Hendrix. Il faut dire qu’à cette époque, ces artistes n’étaient pas diffusés à la radio, les ondes étant cannibalisée par la variété du show-biz. Pour pouvoir écouter du rock, il fallait habiter dans le nord de la France pour avoir accès aux radios pirates anglo-saxonnes (radio Caroline par exemple puis radio Campus à Lille à partir du début des années 1970).
Ainsi, Béatrice se rend compte que l’on peut chanter des trucs intelligents sur un support musical rythmique. De plus, écoutant le disque de Robert Charlebois avec Louise Forestier, elle prend conscience que cela peut se faire en français.
Donc, après avoir enregistré son premier album, Béatrice tourne beaucoup et particulièrement dans les milieux féministes. Ainsi, en 1972, le 45 tours « Résurrection », rescapé d’un second album SFP, témoigne de cette période.
Puis en 1973 Béatrice s’entoure d’un groupe « Ego » :
« Malheureusement, ça n’a pas tenu plus de six mois, manque d’argent, ils se sont découragés, et j’ai dû continuer seule. Je voulais prouver que c’était possible quand même. Alors j’ai fait des spectacles seule, à la guitare amplifiée avec des effets spéciaux. Puis à la vraie guitare électrique, par souci d’avoir un son plus sûr ; la guitare électrique, c’est vraiment fait pour ça ».
Naissance du deuxième album de Mama Béa : La Folle
C’est alors que fin 1976, Yan More et Béa rencontrent Jean-Louis Tersiguel , patron de l’étiquette Isadora. Le double album « La Folle » va naître. Joël Dugrenot, bassiste et arrangeur de l’album se souvient :
« Tersiguel m’appelle et me dit qu’il vient de rencontrer une nana, une dingue. Il me demande d’organiser son délire en studio. Nous nous sommes enfermés aux studios Clarens, à Vincennes, et ça a été très très vite : le double en huit jours, presque sans dormir. Béa est très renfermée. Ses seuls moments de liberté, c’était quand elle chantait : il se passait alors quelque chose de puissant. Le reste du temps, Yan faisait tout, se mêlait de tout »
La Folle marque néanmoins le début du succès fou pour Béatrice devenue de Mama Béa. Ce mélange d’électricité, de jazz-rock et de chanson, la place dans le peloton de tête du rock avec Bernard Lavilliers Lavilliers et Jacques Higelin.
Ainsi, en avril 1977 Mama Béa participe au premier Printemps de Bourges. De plus, cette année-là, elle fera paraître « Il faudrait rallumer les lumières dans ce foutu compartiment »
Puis, en 1978, c’est la parution de « Pour un bébé robot » qui reçoit le Prix Charles Cros. En outre elle passe à l’Olympia à l’automne.
RCA rachète Mama Béa à Isodora
En 1979 RCA rachète Mama Béa à Isodora. En cadeau de bienvenue, la compagnie fait paraître « Visages » un album qui comprend 6 chansons remixées, tirées du double 33 tours « La Folle », cadeau ou opportunisme ?
Néanmoins, cette année-là paraît « Le chaos ». Dans cet album, elle se trouve un partenaire de guitare en la personne de Robert Baccherini.
Yan More est toujours plus présent, techniquement, médiatiquement. Écran aussi. Mama Béa finit par s’en apercevoir :
« … En plus, à ce moment-là, si je m’exprimais sur scène, au dehors j’étais complètement repliée sur moi-même : donc il y avait toujours quelqu’un qui répondait à ma place, dans les interviews, les rapports avec les organisateurs de spectacles. Et ce quelqu’un a abusé de ce pouvoir que je lui confiais. Au début, je ne me rendais compte de rien, je ne savais sur ce qu’on pensait de moi, que ce que, lui, voulait m’en dire. Et ce qu’il m’en disait était orienté pour valoriser son rôle et me faire croire que je n’étais capable de rien sans lui… ».
Une emprise dont Mama Béa ne sortira pas sans casse !
[ sources Paroles & musique n° 43 – Chorus n° 11 ]
Discographie 1971 / 1979 de Mama Béa
1971 Un 33 tours : Je cherche un pays (Béatrice Tékielski) (SFP)
1972 Un 45 tours : Résurrection (SFP)
1977 Double 33 tours : La Folle &
Un 33 tours : Faudrait rallumer les lumières… (Isadora)
1978 Un 33 tours : Pour un bébé robot (Isadora) &
: Participation au disque Le printemps de Bourges (RCA)
1979 Un 33 tours : Visages (remix 6 chansons de La Folle) (RCA) &
Un 33 tours : Le chaos (RCA)
Chansons de la 2ème partie : Rock français des années 1970 : Les pissenlits
16:18 Alain Kan : Une espèce de Lolita… toute verte : Alain Kan – Laurent Thibault : 1975
20:09 Dynastie Crisis : Réveille-toi : Geza Fenzl – Jacques Mercier : 1972
24:24 Mama Béa Tekielski : Les pissenlits : Mama Béa Tekielski : 1977
Biographie de Valérie Lagrange
Enfance et formation de Valérie Lagrange
Danielle Charaudeau, alias Valérie Lagrange, chantautrice et actrice française naît à Paris en 1942. Ses parents sont quincailliers. Les études ne la passionnant pas, elle se présente à un casting pour le film de Claude Autan-Lara « La jument verte ». Ce dernier, séduit, convaincu de son talent, doit demander la permission à ses parents qui acceptent à contre-cœur. La jeune fille de 17 ans est mineure.
C’est dans ce film, où plusieurs scènes se passent dans une grange, qu’elle prend Valérie Lagrange comme pseudonyme.
Débute alors une première carrière au cinéma où elle figure au générique de nombreux films. Cependant son idéal est insatisfait.
Débuts de Valérie Lagrange dans la chanson
« Les années 60, se souvient-elle, c’était le rock, Paul Anka, Les Platters, Elvis Presley, Bill Haley, Chuck Berry, une musique qui me transportait ! ».
Elle se lance donc dans la chanson.
Ainsi, en 1964, elle enregistre un premier 45 tours chez Philips avec deux chansons de Pierre Barouh / Francis Lai. Elle rencontre Serge Gainsbourg, qui, dans un style très latino, écrit pour elle » La Guérilla » son premier succès.
Puis, en 1966, elle enregistre un album entier dirigé par Jorge Milchberg, le fondateur de « Los Incas ». Cet album original par son style et son contenu mêle titres originaux et grands classiques. Par exemple, elle interprète « La chanson de Tessa » en duo avec Jean-Pierre Kalfon.
Après mai 68, Valérie Lagrange abandonne l’industrie du spectacle et quitte Philips. C’est pour elle une parenthèse enchantée, la vie communautaire et les voyages initiatiques hippies, mais aussi, l’époque des festivals pop (Amougies et Wight).
Ainsi, en 1972, Valérie part en Papouasie-Nouvelle-Guinée jouer dans le film « La vallée » de Barbet Schroeder.
Finalement, en 1975, elle fait la rencontre de Ian Jelfs, guitariste du groupe Alice. Ils partent tous deux en tournée avec Graeme Allwright. Puis c’est la manche à la terrasse des cafés et des restaurants :
« On avait environ 60 chansons à notre répertoire : Dylan, Donovan, les Stones entre autres. Et puis les nôtres. On s’en sortait avec 200F par jours. On vivait chez un cousin, pas de loyer à payer… Certains soirs, des gens me reconnaissaient : « Mais vous êtes bien Valérie Lagrange ? » Eh bien oui… et après ? L’argent ainsi récolté nous a permis de réaliser une maquette que nous avons présentée à Virgin. Après douze ans de marginalité, en 1980, nous avons sorti « Faut plus me la faire », un album qui a bien marché ».
[ source Chorus n° 9 & Recherches sur la toile ]
Discographie de Valérie Lagrange
1964 Un 45 tours : Paris-Wellington
1965 Deux 45 tours : La guérilla & Encore un jour de notre amour
1966 Un 33 tours : Moitié ange, moitié bête &
Un 45 tours : Ce que je suis
1970 Un 45 tours : I love you so
1973 : Chœurs dans l’album Olympia de Graeme Allwright
1974 : Participation à l’album Pour les orphelins du Viet-Nam
1977 Un 45 tours : Si ma chanson pouvait
Chansons de la 3ème partie : Rock français des années 1970 : Si ma chanson pouvait
30:59 Bernard Lavilliers : Les Barbares : Bernard Lavilliers : 1976
35:54 Valérie Lagrange : Si ma chanson pouvait (version reggae) : Valérie Lagrange : 1977
39:55 Gérard Manset : Il voyage en solitaire : Gérard Manset : 1975
Le groupe Téléphone
Membres du groupe Téléphone
Jean-Louis Aubert, né en 1954, va, en 1970, voir les Who. Il commence alors à poser ses premiers accords de guitare avec le groupe Masturbation puis accompagne quelques temps Valérie Lagrange.
Peu de temps après, il fait la connaissance de Louis Bertignac et de Richard Kolinka.
Louis Bertignac, né en 1954, se prend de passion très tôt pour la guitare et tente d’imiter son idole, Jimi Hendrix. Après avoir accompagné Jacques Higelin dans son album Irradié, il participe au groupe Shakin’Street en compagnie de sa petite amie, la bassiste Corine Marienneau.
Richard Kolinka est batteur dans un groupe de pop, Semolina
Naissance du groupe Téléphone
Le 12 novembre 1976, ce groupe improvisé doit donner un concert au Centre américain du boulevard Raspail. Ils ne jouent ensemble que depuis le 1er novembre 1976 mais ils avaient décidé que ce serait seulement une formation éphémère pour le concert du 12. Néanmoins, du 2 au 11 novembre, ils répètent beaucoup dans la cave des parents de Richard Kolinka.
Le jour du concert, ils jouent quelques compositions de Jean-Louis Aubert dont Hygiaphone et Métro (c’est trop !) et des reprises de rock anglais (Stones, Who). L’accueil public est excellent. De plus, les quatre musiciens déclarent avoir ressenti entre eux une alchimie mystérieuse et excitante. En fin de compte, ils décident de rester ensemble.
Téléphone commence à écumer les MJC, les soirées dansantes et rapidement les salles de spectacles. Le 28 décembre, ils passent au Gibus, prestigieux club parisien. En outre, Jean-Louis Foulquier les reçoit à l’émission « Studio de nuit » de France Inter.
Premiers succès de Téléphone
En 1977 l’ascension du groupe est fulgurante :
- le 26 mars, à l’initiative de la RATP, le groupe donne un concert gratuit au métro République. Il en résulte le blocage de la ligne 11.
- le 2 mai, ils assurent la 1ère partie d’Eddie and the Hot Rods au pavillon de Paris, leur volant la vedette
- Le 7 juin ils jouent à l’Olympia en 1ère partie de Television. Le concert remporte un très grand succès et les critiques de la presse sont enthousiastes.
En juin, il enregistre un 45 tours en public au Bus Palladium. Le disque, pourtant sorti sans autre promotion que les concerts, remporte un succès très encourageant.
Un mois plus tard, à la suite d’un article de Rock & Folk, Téléphone signe un contrat de trois albums chez Pathé-Marconi.
En conséquence le 25 novembre, paraît leur premier album éponyme, toujours sans autre promotion que les concerts. L’année suivante, enfin soutenu par la maison de disques cet album devient disque d’or.
Consécration du groupe Téléphone en 1979
En 1979, le deuxième album « Crache ton venin » est celui de la consécration ; il finit disque de platine
À la fin de l’année 1979 Téléphone a déjà sorti deux albums, vendus respectivement à 100 000 et 300 000 exemplaires. Ils sortent d’une tournée française reconduite pour l’été 1979 se concluant à la fête de l’Humanité, le 8 septembre, devant 100 000 personnes.
Le succès fulgurant de Téléphone permet d’éclairer l’histoire du rock français des années soixante-dix. D’abord, en tant que symbole, Téléphone est une porte d’entrée idéale pour évoquer la nouvelle génération de groupes de rock français apparus dans la seconde moitié de la décennie.
De plus, de par les réactions que la réussite du groupe suscite, ce succès reflète bien la situation du rock français. Téléphone met en cause les certitudes selon lesquelles le rock ne peut pas être chanté en français.
[ sources : Encyclopédie du Rock français – Téléphone, premier groupe de rock français ? (Alexandre Desport-Duhard) – Wikipédia ]
Discographie de Téléphone 1977 / 1979
1977 Un 45 tours : Hygiaphone (Tapioca) &
Un 33 tours : Téléphone (Pathé Marconi)
1979 Un 33 tours : Crache ton venin (Pathé Marconi)
Chansons de la 4ème partie : Rock français des années 1970 : Métro (c’est trop !)
46:13 Hubert-Félix Thiéfaine : Rock-autopsie : Hubert-Félix Thiéfaine : 1978
49:45 Catherine Ribeiro : Une infinie tendresse : Catherine Ribeiro – Patrice Moullet : 1975
55:38 Téléphone : Métro (c’est trop !) : Jean-Louis Aubert – Téléphone : 197l